RD Congo : Dans « Calculer », Osée Elektra en poète de la survie
Le rappeur-slameur congolais Osée Elektra, basé à Goma, dévoile le visualizer de son nouveau titre « Calculer ». Une œuvre signée par un artiste qui ne se contente pas de chanter : il dissèque la réalité avec la précision et la ferveur d’un véritable prophète urbain.
Le rappeur-slameur congolais Osée Elektra.
Dès les premières secondes, le décor est planté. Il ne s’agit pas d’un simple divertissement, mais d’un manifeste, d’un cri de ralliement.
Réalisé par Flinx Mov, le visuel évolue entre ombre et lumière et s’appuie sur les codes du « Slam Élektrik », surnom revendiqué par l’artiste. Ici, pas de narration classique : le visualizer enchaîne des images fortement symboliques. La chorégraphie habitée de l’Arsenic Dance Crew occupe le centre du propos ; chaque mouvement dépasse la danse pour devenir une expression de lutte, de chute et de redressement.
L’atmosphère est brute, presque suffocante. L’urgence est palpable. Le choix du format visualizer renforce la concentration sur le texte et l’énergie pure, sans fioritures, laissant toute la place à la puissance du message. Dans la chanson, Osée Elektra cite Goma, sa ville. Un choix loin d’être anodin. Goma est ici le cœur du réacteur : celui de la douleur, mais aussi de la résistance. Lorsqu’il lance : « Est-ce qu’il vient d’un paradis dirigé par des démons ? », il pose le diagnostic d’une terre bénie, mais meurtrie par l’action des hommes. Située dans l’Est de la RDC, Goma fait face à des conflits armés quasi ininterrompus depuis plus de trente ans.
Dans ce nouveau single, l’interprète de « Soldat » développe la métaphore du « soldat par contrainte ». Il ne s’agit en aucun cas d’une apologie de la guerre, mais du constat d’une survie quotidienne où chaque seconde devient une prière, et chaque larme une graine semée pour l’avenir. Une véritable poésie de la survie.
Le refrain martèle : « Allez calculer, tirez, calculer ». Dans le langage de la rue et du slam, « calculer » signifie ici ignorer les obstacles, refuser de céder à la peur ou au bruit des balles, pour se concentrer sur l’essentiel : rester debout.
Osée Elektra se définit comme un « soldat du peuple ». Un peuple qui ne réclame plus la pitié. Le paradigme bascule : il ne s’agit plus d’attendre de l’aide, mais de se reconstruire à partir des ruines.
« Calculer » s’impose comme une œuvre nécessaire pour Goma, pour le Congo, et plus largement pour l’Afrique. Osée Elektra réussit le tour de force de transformer le traumatisme en énergie créatrice. Ce n’est pas une musique faite pour faire bouger les têtes en club, mais pour redresser les échines.
Le visualizer, à l’image de la chanson, reflète une jeunesse congolaise consciente que si le ciel est noir, elle doit devenir sa propre étoile. Osée Elektra est indéniablement l’un des artistes à suivre de très près cette année à Goma. Après l’EP Cocktail, dévoilé il y a un peu plus d’un an, le « soldat-poète » prouve qu’il n’a pas fini de frapper là où ça compte.























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