Visa For Music 2025 célèbre les voix d’hier, d’aujourd’hui et de demain
Sous le ciel de Rabat, la 12ᵉ édition de Visa For Music a fait vibrer la capitale marocaine au rythme des musiques africaines et moyen-orientales. Hommages à Didier Awadi du Sénégal et Sékouba Bambino de la Guinée Conakry, showcases électrisants, ateliers et rencontres professionnelles : pendant quatre jours, artistes établis et talents émergents ont partagé scènes, savoir-faire et réseaux, confirmant une fois de plus le rôle unique de Visa For Music comme plateforme qui célèbre les voix d’hier, d’aujourd’hui et de demain.
Le chanteur tchadien Mawndoé sur la scène de la 12e édition de Visa For Music à Rabat, au Maroc.
Rabat n’a pas simplement accueilli la 12ᵉ édition de Visa For Music : elle a vibré, respiré et résonné à son rythme pendant quatre jours. Du 19 au 22 novembre, la capitale marocaine a été traversée par des flux d’artistes venus d’Afrique, du Moyen-Orient et de leurs diasporas, autant de courants sonores qui se croisent, s’improvisent et se reconnaissent. Dans cette effervescence, Visa For Music n’a pas seulement présenté des concerts : le festival-marché a construit une cartographie vivante des talents de demain.
Dès la cérémonie d’ouverture, l’esprit du festival s’est affiché dans toute sa générosité. Deux figures majeures y ont été honorées : le Sénégalais Didier Awadi, pionnier d’un hip-hop engagé devenu conscience panafricaine, et le Guinéen Sékouba Bambino, voix patrimoniale qui porte depuis des décennies l’âme mandingue. Les voir célébrés ensemble donnait le ton : ici, Visa For Music crée des ponts entre générations, histoires et esthétiques.
La soirée était animée par des présentateurs eux-mêmes emblématiques de cette diversité, dont le Centrafricain Marius Roméo Gamando, animateur respecté, mais aussi d’autres personnalités qui assurent ce rôle depuis plusieurs années, comme le Béninois Ulysse Elliot Djodji, animateur vedette à la télévision nationale du Bénin et visage familier des scènes de Visa For Music, ou encore l’infatigable Mory Touré, animateur passionné de la scène Renaissance et des afters de Chellah. Tous incarnent à leur manière cette idée simple : Visa For Music fait briller tous les talents, toutes les corporations. C’est aussi cela le génie de Brahim El Mazned et de son équipe : penser un espace où chaque maillon — artistes, programmateurs, animateurs, techniciens, institutions — a une place, une voix, un rôle.
Il faut saluer la clairvoyance de Brahim El Mazned, fondateur et directeur artistique, qui depuis douze éditions tisse patiemment un espace où les découvertes ne sont jamais un hasard. Cette année encore, plus de 1 400 candidatures ont afflué. Quarante-cinq artistes ont été retenus, et chaque jour leur offre un accompagnement intense : ateliers d’échanges, rencontres rapides — ces fameux « speed dating » où tout peut se jouer en quinze minutes — et dialogues informels où naissent collaborations, tournées, projets de studio et coproductions.
Autour de ces rendez-vous, la dimension professionnelle du festival s’est encore affirmée. Les ateliers des Routes du Sud menés par Safouane Pindra ont attiré de nombreux participants venus chercher des outils, des perspectives ou simplement un espace pour repenser leurs pratiques. Dans une autre salle, sous la nouvelle direction de Babylass Ndiaye, Arterial Network retrouvait son souffle et sa dimension stratégique : petit à petit, le plus grand réseau culturel africain réaffirme son rôle central, son utilité, sa force de mobilisation. Ces réunions, parfois discrètes, souvent intenses, comptent autant que les concerts. Elles façonnent les futures politiques culturelles du continent.
Le site archéologique de Chellah — ses pierres anciennes, son parfum de plantes, ses ruines baignées d’un soleil qui tombe lentement — devient chaque soir un sanctuaire très particulier. Sous cette aura millénaire, la modernité explose. Les scènes électro y ont dessiné cette année des soirées brûlantes, presque tribales.
Aziz Konkrite a retourné Chellah avec un set précis et instinctif, mélange de transe urbaine et de pulsations organiques. Yasmina Karrum a fait flotter sa voix comme une brume au-dessus des nappes électroniques, laissant derrière elle une foule suspendue. Quant à La Louuve, magnétique, elle a transformé l’espace en arène vivante, où l’électro se fait corps, souffle et rugissement.
En début de soirée, le centre-ville devient un autre théâtre. Les showcases s’enchaînent, chacun avec son atmosphère propre. L’un des moments les plus marquants a été livré par l’artiste tchadien Mandwoé, sur la scène de la Salle Bahnini. Son set, habité, généreux, d’une intensité presque rituelle, a rappelé pourquoi Visa For Music tient tant à révéler les talents : on y découvre des univers entiers, souvent ignorés, soudain mis en lumière.
Dans ces salles où se pressent programmateurs, directeurs de festivals, agents, curieux et habitants, se dessine la géographie mouvante des musiques africaines et moyen-orientales. Les scènes diasporiques y jouent un rôle clé : elles revisitent les racines, les métissent, les projettent ailleurs. On y entend des voix du Sahel, des réinventions du chaâbi, des hybridations électro-nomades, des modernités nées entre Casablanca, Paris, Lagos, Beyrouth et Montréal.
Ces rencontres continuent dans les rues, autour d’un thé, d’un repas partagé, d’un rythme qui s’échappe d’une ruelle. Visa For Music ne se vit pas uniquement dans les salles : il circule, traverse, relie.
Chaque édition a ses révélations, mais 2025 marque une étape : une maturité nouvelle, une diversité assumée, une volonté de mettre en avant des scènes encore peu visibles. Les prestations, courtes mais intenses, sont autant de cartes de visite vivantes. Les artistes le savent : ici, tout peut commencer.
La magie réside autant dans l’organisation impeccable que dans tout ce qui déborde du programme : les rencontres inattendues, les discussions improvisées, les sourires échangés au détour d’un couloir. Et surtout, cette façon unique qu’a Visa For Music de tenir ensemble le professionnel, l’artistique, l’humain et le politique.
Visa For Music 2025 n’a pas simplement mis en avant les talents de demain : il leur a offert un espace pour exister, se réinventer et se projeter. Et en quittant Rabat, une impression demeure : l’avenir des musiques africaines et moyen-orientales s’écrit ici, dans cette ville qui continue d’ouvrir un passage entre les continents, les langues et les imaginaires.





























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