Retour du « Djidji Ayôkwé » : un symbole du patrimoine culturel ivoirien restitué par la France
Bien que le tambour parleur Djidji Ayôkwé ne soit pas un instrument de musique « classique », il incarne une voix essentielle du patrimoine africain ; un instrument traditionnel, sacré, qui a servi à transmettre des messages, à rythmer des vies communautaires et à lier des générations. Ce rôle symbolique, rarement mis en avant dans les discussions sur l’évolution de la musique africaine, rappelle que cette dernière ne se limite pas qu'au divertissement, mais est une composante profonde de l’identité et de la mémoire collective.
Françoise Remarck et Rachida Dati, ministres de la Culture de la Côte d’Ivoire et de la France. (Photo : Instagram Françoise Remarck).
Françoise Remarck, en compagnie d’autorités coutumières ivoiriennes, devant le Djidji Ayôkwé, tambour parleur emblématique récemment restitué à la Côte d’Ivoire. (Photo : Instagram Françoise Remarck).
Les officiels français et ivoiriens réunis aux côtés de la Secrétaire générale de l’OIF, Louise Mushikiwabo.
Dans cet esprit, l’initiative Instruments Building and Repair (IBR) de Music In Africa prend toute son importance. En soutenant les artisans, les luthiers et les musiciens dans la construction, la réparation et la préservation des instruments traditionnels, le projet IBR contribue à ce que ces instruments continuent de vivre dans les pratiques actuelles, nourrissant la création musicale contemporaine à partir des racines du continent.
Un objet confisqué, une voix retrouvée
Le 20 février 2026, la République française a restitué officiellement le tambour Djidji Ayôkwé à la Côte d’Ivoire, lors d’une cérémonie tenue au Musée du quai Branly – Jacques Chirac. Confisqué il y a plus de cent ans par l’administration coloniale française, cet instrument monumental – sculpté dans le bois iroko et long de plus de trois mètres – n’est pas seulement un vestige : il est une voix vivante qui raconte l’histoire, la résistance et la cohésion d’un peuple.
La restitution s’est déroulée dans un climat de reconnaissance et d’engagement. Ce geste s’inscrit également dans la dynamique internationale recommandée par le rapport Sarr-Savoy, qui souligne la nécessité de restituer aux pays africains les biens culturels confisqués pendant la colonisation, démontrant ainsi une expertise et une conscience culturelle partagée entre institutions européennes et africaines.
Rachida Dati, ministre de la Culture de la République française, a qualifié l’événement d’« historique », soulignant « notre capacité commune à regarder le passé colonial avec lucidité » et la volonté de faire de ce geste « une occasion de partenariat renouvelé ». Elle a également rappelé l’intention de travailler à une loi-cadre sur la restitution des biens culturels qui pourrait ouvrir la voie à d’autres retours.
De son côté, Françoise Remarck, ministre de la Culture et de la Francophonie de Côte d’Ivoire, a insisté sur le fait que Djidji Ayôkwé n’est pas « un simple objet », mais bien « une voix, une mémoire ». Pour elle, ce retour n’est pas seulement un geste symbolique : il est « une transmission vers l’avenir », une façon de restaurer la dignité culturelle et de renforcer l’identité nationale par la musique et le patrimoine.
Qu’est-ce qu’un tambour parleur ?
Un tambour parleur, (appelé Talking-drum dans plusieurs pays anglophones de l'Afrique de l'Ouest, est un instrument de percussion traditionnel d’Afrique de l’Ouest, capable de « parler ». Grâce à sa membrane dont la tension peut être modulée, il imite les inflexions de la langue parlée, permettant de transmettre des messages codés sur plusieurs kilomètres.
Plus qu’un simple instrument de musique, il joue un rôle culturel et social majeur : il annonce des événements, relie les communautés et accompagne les cérémonies rituelles. Dans le cas du Djidji Ayôkwé, utilisé par le peuple ébrié, il s’agit d’un instrument monumental et sacré, à la fois outil de communication et vecteur de mémoire collective.
Un impact qui dépasse l’objet
Ce retour a une résonance profonde pour l’industrie musicale africaine. Dans un paysage où la création contemporaine fusionne rythmes traditionnels et sonorités mondiales, la reconnaissance et la valorisation des instruments traditionnels sacrés deviennent des vecteurs d’innovation et d’inspiration.
L’action d’IBR rejoint cette dynamique en permettant à ces instruments de reconquérir leur rôle vivant, non comme artefacts figés dans des vitrines, mais comme éléments actifs de la création et de l’enseignement musical. Cela ouvre également des pistes pour que les jeunes générations puissent se réapproprier ces voix ancestrales, non pas comme un retour au passé, mais comme une source d’évolution continue et de dialogue culturel.
Vers un avenir culturel africain renforcé
Au-delà du tambour, cette restitution est un moment charnière de reconnaissance culturelle. Elle éclaire l’importance d’une justice patrimoniale qui n’est pas seulement symbolique, mais profondément liée à l’affirmation de la place des arts africains dans le monde. Dans un contexte où les industries musicales africaines gagnent en visibilité et influence, la valorisation et la circulation des instruments traditionnels enrichissent non seulement les histoires locales, mais participent à un chant global pluriel, ancré dans des héritages vivants et présents.




























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