Toufik Aoun : trente ans de carrière au service du patrimoine musical algérien
Né en 1970 à Alger et privé de la vue dès sa naissance, Toufik Aoun a très tôt transformé cette singularité en force créatrice. Doué d’une oreille d’une précision exceptionnelle, il a fait de l’écoute son premier instrument. Cette sensibilité rare lui permet d’aborder avec maîtrise les répertoires les plus raffinés du patrimoine algérien : du sanâa au hawzi, du chaâbi au malouf constantinois, en passant par l’aroubi, il navigue avec une aisance qui force le respect.
Toufik Aoun.
À seulement 14 ans, il se produit déjà dans des fêtes de mariage. Les années 1990 marquent un tournant : il intègre le Conservatoire d’Alger, où il bénéficie de l’enseignement de maîtres tels que Hacen Bentchoubane, Mustapha Boutriche et Kamel Benkhodja. En 1996, il décroche le Premier Prix de musique andalouse, consacrant des années d’un travail acharné.
Sa carrière professionnelle prend son envol en 1994 avec un premier enregistrement pour la Radio nationale, suivi en 1998 par un programme complet de sanâa diffusé à la télévision algérienne. Depuis, il a bâti une discographie de sept albums, parmi lesquels Loukan Dja Yetkalem Kalbi (2000), Ya Ta‘dibi (2003) et Lilet El Farh (2014). Algéroise (2015). Chacun témoigne de son ouverture et de sa capacité à revisiter les formes traditionnelles, tout en explorant des rythmes et modes rares.
Toufik Aoun multiplie aussi les collaborations. En 2018, il s’associe au compositeur Mohamed El Angar pour deux singles produits par Rex Production : Klamek et Aach Ma Kseb. Son registre vocal, sa tessiture étendue et sa puissance expressive lui permettent de passer avec fluidité d’un mode à l’autre, du classique le plus pur aux explorations les plus inattendues. Sa présence est régulièrement saluée dans des festivals prestigieux : Koléa, Blida, Cherchell, Constantine. Il est honoré à plusieurs reprises au Festival international du Malouf. Mais Aoun ne se limite pas à la préservation du répertoire : il l’ouvre, le métisse, le fait voyager.
En 2025, il rejoint Kaièn, un collectif artistique qui mêle musique et danse, basé entre l’Algérie et New York. Fondé et dirigé par le percussionniste et directeur artistique Youcef Grim, et la chorégraphe, et danseuse Esraa Warda. Le projet rassemble le pianiste Mohamed El Tahar Mokhtari, le bassiste Yuba Bessa et le violoniste Omar Bourai.
Leur single Ouargla El Gor, sorti en mai 2025, illustre la capacité de Toufik de sortir de sa zone de confort. Avec Kaièn, Toufik Aoun ne se contente pas de chanter : il transmet, il raconte, il relie les époques. La force organique de sa voix, associée aux rythmes puissants de Grim et aux arrangements modernes du groupe, donne naissance à un dialogue entre héritage et innovation.
Toufik Aoun reste ainsi bien plus qu’un interprète. Il est un gardien de mémoire, un passeur de culture et un artisan de rencontres. Sa trajectoire prouve que la lumière musicale peut naître même dans l’obscurité, et que l’exigence alliée à la passion est la clé d’une œuvre durable et inspirante.





















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