Les artistes africains pénalisés par le streaming malgré une croissance de 22 % des revenus
Un article récent d’Ecofin Agency met en évidence un paradoxe important pour l’industrie musicale africaine : bien que les revenus de la musique enregistrée en Afrique subsaharienne aient augmenté de 22,6 % en 2024, les artistes africains continuent de percevoir des rémunérations nettement inférieures à celles de leurs homologues dans les marchés occidentaux.
e montant généré par un stream dépend fortement du pays où l’écoute a lieu.
La région a désormais franchi le cap des 110 millions de dollars de revenus issus de la musique enregistrée, une croissance nettement supérieure à la moyenne mondiale (chiffres issus du Global Music Report 2025 de l’IFPI). Cette dynamique est largement portée par le streaming. Cependant, derrière ces chiffres encourageants se cache une réalité moins favorable pour les créateurs.
Selon l’analyse, les artistes africains subissent une forme de « pénalité géographique » : le montant généré par un stream dépend fortement du pays où l’écoute a lieu. Dans les marchés occidentaux, où les abonnements sont plus chers et la publicité plus rentable, un million de streams peut rapporter plusieurs milliers de dollars. Sur le continent africain, ce même volume d’écoutes génère souvent deux à quatre fois moins de revenus.
Les revenus estimés pour un million de streams sur Spotify illustrent ces écarts : aux États‑Unis environ 3 500 dollars, en Europe entre 3 000 et 4 700 dollars, alors qu’en Afrique du Sud ils sont environ 1 568 dollars et dans d’autres pays africains entre 800 et 1 450 dollars.
Les disparités se retrouvent aussi entre plateformes de streaming. Les taux de rémunération moyens par 1 000 écoutes varient significativement selon les services et les marchés :
Spotify est souvent cité comme la plateforme qui paie le moins par stream parmi les géants, avec environ 3 dollars pour 1 000 écoutes, soit une rémunération relativement modeste. Apple Music offre généralement des taux plus élevés, proches de 6 à 10 dollars pour 1 000 streams dans certaines estimations, ce qui en fait l’une des plateformes les mieux rémunératrices. Amazon Music tend à se situer entre Spotify et Apple Music, avec des paiements moyens qui peuvent atteindre environ 7 à 8 dollars pour 1 000 streams, selon les données analysées.
D’autres services comme Deezer et Tidal se situent également au‑dessus de Spotify, avec des estimations autour de 5 dollars ou plus pour 1 000 streams dans certains marchés.
Les plateformes basées sur la publicité ou les versions gratuites, comme YouTube Ads ou YouTube Music, paient souvent beaucoup moins, parfois autour de 1 à 2 dollars pour 1 000 vues ou streams dans des contextes africains.
Ces différences s’expliquent par plusieurs facteurs. D’une part, le pouvoir d’achat plus faible sur le continent entraîne des tarifs d’abonnement réduits et une forte proportion d’utilisateurs gratuits financés par la publicité, ce qui réduit les revenus disponibles à partager avec les artistes. D’autre part, le modèle de répartition des revenus adopté par la plupart des plateformes favorise les titres qui concentrent déjà une grande part des écoutes mondiales. Enfin, les revenus ne sont pas versés directement aux artistes, mais transitent par les labels, distributeurs ou éditeurs, ce qui réduit encore la part finale perçue par les créateurs.
En somme, la croissance du streaming en Afrique ne garantit pas une amélioration proportionnelle des revenus pour les artistes. Le volume d’écoutes augmente, la visibilité internationale aussi, mais les écarts de rémunération entre plateformes et entre régions signifient que le succès numérique ne se traduit pas systématiquement par une viabilité financière durable pour les artistes du continent.
Vous pouvez consulter l'analyse originale en anglais ici.































Comments
Log in or register to post comments