Musique chorale en RDC : « Il y a du potentiel mais peu de moyens pour l’encadrement »
Dans cet entretien, Paulin Masiala, directeur artistique de la Chorale Monseigneur Luc Gillon (du nom d’un prêtre belge qui a été de 1954 à 1967 recteur de l’Université Lovanium de Léopoldville, actuelle Université de Kinshasa), nous parle de sa chorale, une des plus grandes formations musicales en RDC, et également les défis auxquels font face la musique chorale dans son pays.
La Chorale Luc Gillon anime les messes dominicales de la Paroisse Nôtre-Dame de la Sagesse à Kinshasa.
La Chorale Monseigneur Luc Gillon lors d'un concert à Kinshasa
La Chorale Mgr Luc Gillon existe depuis 1977. Quel a été à l’origine la motivation pour créer cette chorale ?
La chorale Luc Gillon, existe effectivement depuis 1977 sur l'initiative des jeunes étudiants de l’université de Kinshasa mus par une volonté de servir Dieu par le chant. Elle s'appelait alors chorale des jeunes.
Sous la forme et le nom actuel, la chorale existe depuis 1995. C'est en cette année avec l'appui de certains jeunes venus de Lubumbashi pour des études universitaires à Kinshasa, que la chorale donna son premier concert de musique sacrée. Au fil du temps, le répertoire de la chorale s'est enrichi par des chants classiques, negro-spiritual etc.
Les grands noms de la première génération de Chorale Mgr Luc Gillon sont Nicaise Munga, John Nyembo, Jean-Sebastien Masiala, Fifi Binda (paix à son âme), Malou Binda, Jean-Paul Kimpesa, Sandra Mapatano, Olivier Kilambwe... certains d'entre eux sont d'ailleurs toujours choristes actifs jusqu'à présent.
Quels sont les répertoires ou les chansons que vous interprétez souvent ?
La Chorale Luc Gillon a un répertoire très varié et très diversifié. Nous faisons la musique classique, gospel, negro-spiritual, folklorique tradi-moderne, la musique contemporaine moderne avec des adaptations pour chorale. Sans compter également des chants traditionnels asiatiques et même arabes.
Quel est l’état de la musique chorale en RDC ? Quels sont les défis auxquels vous faites face pour la promouvoir au pays ?
Il y a du potentiel mais peu de moyens pour l'encadrement. Le niveau artistique que les chorales avaient au début des années 2000 est en train de baisser considérablement. Les chorales et leurs chefs de chœurs se débrouillent en autodidacte et en toute négligence des normes artistiques requises pour le chant choral. Les festivals et rencontres sont devenus quasi inexistants.
Les formations de maîtres de chœurs qui étaient assez fréquentes à la fédération congolaises de chant choral, le sont de moins en moins. Bref, le niveau régresse. Mais le tableau n'est pas totalement sombre car il y a des groupes qui se battent pour maintenir le cap et font ainsi la fierté du pays sur le plan international. Je ne citerai pas Luc Gillon pour ne pas se jeter des fleurs (rire), mais prenons l'Orchestre Symphonique Kimbanguiste d'Armand Diangenda qui porte très haut le drapeau de notre culture à l’étranger.
Les défis sont aussi d'ordre financier. Pour promouvoir le chant choral il faut organiser des concerts, enregistrer un album, le commercialiser, faire la promotion en passant par des médias. Et tout cela demande des moyens financiers logistiques conséquents. Dieu merci, on s’en sort tant bien que mal.
Nous avons pour notre part, sorti un CD et nous sommes en partenariat avec la chaîne B-ONE (une chaîne de télévision locale) qui diffuse nos concerts et plusieurs mécènes nous aident également à couvrir les frais relatifs aux uniformes, location salle de spectacle, sonorisation, lumière, etc. Mais je ne pense pas que c'est le cas pour d’autres chorales.
Les jeunes artistes apprécient d’autres genres musicaux (la rumba, le Rnb, l’afro pop) que la musique chorale. Comment faites-vous pour les intéresser à la musique chorale ?
Ne vous en faites pas. L'attrait de la jeunesse congolaise pour le chant choral est très grand. La RDC est une terre artistique par excellence et sa jeunesse est très curieuse et s'adonne naturellement à tous les genres musicaux.
Nous n'avons jamais eu de problème pour recruter des jeunes dans notre chorale. Des candidatures sont toujours nombreuses chaque année. Nous comptons actuellement 98 choristes réguliers. Nous avons même été contraints de stopper le recrutement et parce que cela devient difficile à gérer à un certain moment.
Même le public ne se lasse jamais d'assister aux concerts de musique chorale. Et comme je l’ai dit plus haut, si les moyens pouvaient suivre, cela pourrait constituer une réelle richesse pour notre pays.
Quels sont les festivals ou les concours internationaux auxquels votre chorale a pris part ? Que-ce-que ces événements vous ont réellement apporté sur le plan artistique ?
Nous avons presté en France en 2004, en marge des festivités de la commémoration du 50e anniversaire du débarquement de Normandie.
La Chorale Luc Gillon a également participé au concours de chant des jeunes chorales à Hong Kong en 2006 et nous avons remporté la médaille de bronze.
J'ai pris part personnellement au Concours international de chant Montserrat Caballé à Saragosse en Espagne en 2012.
Nous avons aussi remporté la médaille d'or du concours international de chant choral d'Abidjan en 2012 et en 2014 notre chorale a pris part au festival du chant Choralies de Vaison-la-Romaine en 2014.
L'apport le plus important de ces rencontres c'est toujours les échanges en termes de répertoire de chants, de culture et d'expérience. On en sort toujours avec une vision différente et plus large du chant choral, sans oublier les relations amicales qu’on tisse avec les autres chorales.
Quels sont vos projets dans 5 ans ? Comptez-vous organiser un festival local ou peut-être crée une école de formation ?
Dans 5 ans, on espère prester au Zénith de Paris. (Rires). C'est pour dire que nous travaillons à accroître notre renommée internationale et montrer ainsi au monde une autre facette de ce beau et grand pays. Un festival local ? Pourquoi pas. Mais une école de formation, on y songe de plus en plus.
Les World Choir Games, la plus grande compétition de chorales dans le monde aura lieu pour la première fois en Afrique, dans la ville de Tshwane (Pretoria) en Afrique du Sud, du 4 au 14 juillet.
À propos de World Choir Games
Les World Choir Games sont nés de la volonté de rassembler des personnes de tous les pays et de toutes les origines. Ceux-ci offrent un niveau de compétition juste et réaliste aux chorales expérimentées ainsi qu'à celles qui ont relativement peu d'expérience internationale.
L'événement comprend deux compétitions différentes, le Concours des Champions et le Concours Ouvert. Ces deux compétitions permettent aux chorales de choisir leur niveau de compétition approprié.
Les chorales qui veulent participer mais hors-compétition peuvent prendre part à des activités d'évaluation non-compétitives. L'événement est soutenu par Gauteng Tourism Authority et City of Tshwane. Pour plus d'informations sur cette 10e édition des World Choir Games, visitez le site officiel ici






















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