Abdourahmane Kamaté, directeur du MASA : « Le MASA est un outil de transformation économique pour les artistes »
Dans un entretien avec le journaliste malien Mory Touré, Abdourahmane Kamaté, directeur du MASA, détaille les ambitions et les nouveautés de l’édition 2026, un rendez-vous incontournable pour le développement du secteur musical africain.
Abdourahmane Kamaté, directeur du MASA
M.T : Monsieur le Directeur, le thème de cette 14ᵉ édition porte sur les arts de la scène comme levier d'intégration économique et sociale. Concrètement, comment le MASA 2026 aide-t-il un jeune artiste africain à transformer son talent en une entreprise viable et durable dans le contexte actuel ?
A.K : Il faut savoir que le MASA est effectivement un outil de transformation économique pour les artistes. Cela, l'État de Côte d'Ivoire l'a compris depuis très longtemps, raison pour laquelle le ministère de la Culture et de la Francophonie met les bouchées doubles pour permettre à la Côte d'Ivoire d'accueillir le monde entier, mais principalement l'Afrique, afin d'offrir à nos artistes et à nos entrepreneurs des opportunités économiques. Il faut savoir que le marché des arts et spectacles d'Abidjan n'est pas seulement un festival, c'est avant tout un marché professionnel. Il permet aux artistes de rencontrer des programmateurs, des producteurs, des diffuseurs et des investisseurs venus d'une cinquantaine de pays pour cette édition.
Le MASA offre donc une visibilité immédiate qui peut déboucher sur des tournées internationales, sur des contrats ou des coproductions. C'est également des tables rondes et ateliers qui abordent des sujets concrets, notamment le financement, la structuration juridique, la mobilité des artistes et la monétisation — tout ce qui contribue à la mise en place d'une économie réelle pour le secteur culturel.
Nous accompagnons aussi bien évidemment les artistes dans une logique de passage du talent à l'entreprise culturelle. Le MASA favorise la mise en réseau, absolument essentielle pour construire des carrières durables. Enfin, nous travaillons à renforcer les compétences des artistes et des managers, mais aussi de tout l'écosystème des industries culturelles, pour qu'ils deviennent de véritables entrepreneurs culturels.
M.T : Cette édition met à l'honneur le Maroc et le Brésil. Au-delà des performances sur scène, quels sont les objectifs de coopération culturelle à long terme que vous espérez voir naître de ce triangle entre l'Afrique de l'Ouest, le Maghreb et l'Amérique latine ?
A.K : Je dirais simplement que depuis 2024, l'État de Côte d'Ivoire a résolument mis en place une stratégie pour développer les coopérations culturelles. Avec le ministère de la Culture et de la Francophonie, nous avons mis en place ce que nous appelons les pays invités d'honneur, toujours africains, et les pays invités spéciaux, hors Afrique, pour montrer que l'Afrique ne se replie pas sur elle-même, mais s'ouvre au reste du monde.
À travers le choix du Brésil et du Maroc, nous cherchons à créer des circuits de diffusion croisés entre l'Afrique, la Côte d'Ivoire, l'Afrique de l'Ouest, le Maghreb et l'Amérique latine. L'objectif est de développer des coproductions artistiques et des collaborations durables. Ces échanges permettent aussi de partager des modèles économiques et des politiques culturelles innovantes, car le Maroc est une référence sur le continent africain et le Brésil sur le continent américain.
Le MASA devient ainsi un espace de diplomatie culturelle active pour la Côte d'Ivoire. À terme, nous espérons structurer de véritables réseaux intercontinentaux au service des ICC, et repositionner les artistes africains dans une dynamique globale, tournée non seulement vers l'Afrique, mais vers le monde entier.
M.T : Avec l'évolution rapide des technologies et de l'intelligence artificielle, on voit la création artistique se transformer. Quelle place accordez-vous à l'innovation numérique dans la programmation de cette année, et comment le MASA accompagne-t-il les artistes face à ces nouveaux outils ?
A.K : Il est clair qu'aujourd'hui, il est difficile de parler du secteur culturel sans s'intéresser aux mutations induites par le numérique. Le numérique est un levier incontournable, tant pour la création que pour la diffusion. Le MASA 2026 intègre cette dimension à travers ce que nous appelons le Village de l'Innovation, un espace construit et dédié à cela, qui mettra en avant les nouvelles technologies.
Dans ce village, nous aborderons plusieurs thématiques : l'intelligence artificielle dans la création, la diffusion digitale des œuvres et, surtout, les nouveaux modèles économiques liés aux plateformes, qui bouleversent très fortement notre secteur. Au-delà des échanges, nous organiserons des masterclass et ateliers permettant aux artistes, créateurs et entrepreneurs de se former à ces outils. Cela nous semble absolument indispensable.
L'objectif est double : démystifier l'IA, car beaucoup de choses se disent à ce sujet, et permettre aux artistes de s'en emparer comme outil de création et de développement de carrière. Nous encourageons une approche où la technologie reste au service de la créativité humaine.
Le MASA veut préparer les artistes ivoiriens et africains à être compétitifs dans un écosystème global et digitalisé. Il est donc essentiel de s'approprier cette thématique pour 2026, car l'avenir se jouera aussi à ce niveau.
M.T : Que souhaiteriez-vous que les festivaliers et les acheteurs internationaux retiennent de l'esprit d'Abidjan à la clôture de cette édition ?
A.K : Tout d'abord, il s'agit de reconnaître que les pouvoirs publics ivoiriens, notamment le ministère de la Culture et de la Francophonie, s'engagent très fortement pour accueillir les artistes et nos amis étrangers dans les meilleures conditions. C'est une volonté publique et politique extrêmement forte et assumée.
À travers cela, nous contribuons aussi au développement des territoires, comme celui du district d'Abidjan, grâce à cette édition et aux précédentes. L'esprit d'Abidjan, le message est clair : nous souhaitons que les participants repartent avec l'image d'une Côte d'Ivoire et d'une Afrique créative, dynamique et structurée. Abidjan doit continuer d'apparaître comme la capitale culturelle majeure du continent africain.
Le MASA, c'est aussi une énergie collective puisque nous investissons différentes communes d'Abidjan. C'est une édition extrêmement inclusive, qui permet aux Ivoiriens, de toutes conditions sociales, de se déplacer ou de nous accueillir dans leur commune. Le MASA vise à renforcer l'inclusion et à faire d'Abidjan un espace central pour le continent africain.
Nous voulons que les acheteurs internationaux découvrent des artistes talentueux, mais aussi prêts à travailler selon des standards professionnels élevés. Nous sommes exigeants à cet égard, pour nos artistes comme pour les festivaliers, notamment les Ivoiriens.
Nous espérons que ce sera une expérience de fierté, de partage et d'ouverture, permettant la création d'opportunités pour nos professionnels et nos artistes. En somme, nous souhaitons laisser l'image d'un MASA à la fois événement artistique majeur pour la Côte d'Ivoire et pour l'Afrique, et outil stratégique de développement économique et d'intégration africaine, comme le souligne la thématique 2026 : arts du spectacle en Afrique, levier d'intégration économique et sociale.

























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